WAGNER (W.)


WAGNER (W.)
WAGNER (W.)

Arrière-petit-fils de Franz Liszt, petit-fils de Richard Wagner, Wieland Wagner, directeur du festival de Bayreuth de 1951 jusqu’à sa mort, profitera de la position que lui conférait son héritage familial pour imposer au monde une conception de la mise en scène wagnérienne, puis de la mise en scène d’opéra en général, radicalement neuve; il deviendra ainsi le metteur en scène le plus important de l’histoire du théâtre lyrique au XXe siècle.

L’héritage

Fils de Winifred Williams et de Siegfried Wagner – chef d’orchestre, metteur en scène, compositeur et directeur du festival Richard Wagner –, Wieland Adolf Gottfried Wagner naît le 5 janvier 1917 à Bayreuth. Élevé dans le sérail wagnérien pour devenir un jour le continuateur du culte, il passe son enfance entre les ombres de ses grands-parents Richard et Cosima – cette dernière ne mourra qu’en 1930 –, et de ses arrière-grands-parents Franz Liszt et Marie d’Agoult, entouré d’une société de fervents wagnériens totalement sclérosée. Le renouveau du festival en 1924, la mort de sa grand-mère et de son père en 1930, la prise en main du festival par sa mère Winifred et l’arrivée dès 1933 d’une nouvelle équipe à sa direction artistique (Heinz Tietjen, Emil Preetorius puis Alfred Roller), le rôle privilégié dévolu à Bayreuth dans les choix politico-artistiques du IIIe Reich, des séjours prolongés à Munich près de Clemens Krauss: tels sont les principaux jalons d’une formation qui se concrétise d’abord dans la réalisation de décors pour le festival: Parsifal en 1936, Les Maîtres chanteurs de Nuremberg en 1943. Exempté de service militaire pour garantir le maintien du sang de Richard Wagner, il fait, pendant la guerre, de discrets débuts de metteur en scène à Nuremberg et à Altenburg, où il monte la Tétralogie en 1943-1944.

Le nouveau Bayreuth

L’écroulement de l’Allemagne et l’interdiction faite à sa mère de diriger le festival mettent Wieland Wagner à la tête de l’institution, en compagnie de son frère cadet, Wolfgang. Parallèlement, l’ouverture des barrières artistiques imposées par le Reich lui révèle, en peinture comme en musique, de nombreuses formes d’expression, inconnues jusqu’alors.

Ainsi la réouverture du festival, en 1951, après d’âpres mises en cause du wagnérisme, est-elle une véritable bombe dans le milieu sclérosé de l’opéra. Parsifal et la Tétralogie sont présentés dans des espaces lumineux dépouillés de toute anecdote, mettant en valeur toute la portée universelle, symbolique et atemporelle des œuvres.

À partir de cette date, Wieland met en scène, à Bayreuth, l’ensemble des œuvres de son grand-père, parallèlement aux productions qu’y présentera aussi son frère. Parsifal évoluera de 1951 à 1965, la Tétralogie de 1951 trouvera un visage définitif de 1953 à 1958 et sera renouvelée en 1965-1966; Tristan sera présenté sous deux aspects différents en 1952-1953 puis en 1962-1966, tout comme Tannhäuser , qui évoluera profondément entre les productions de 1954-1955 et celles de 1961-1962 et 1964-1966; Les Maîtres chanteurs de Nuremberg seront représentés selon deux conceptions radicalement différentes en 1956-1960 et en 1963-1964. En revanche, Lohengrin (1958-1962) et Le Vaisseau fantôme (1959-1965) ne seront présentés à Bayreuth que sous une seule forme, mais, comme pour toutes les productions de Wieland Wagner, en perpétuelle évolution. Cependant, Rienzi , qu’il mettra en scène à titre d’essai à Stuttgart en 1957, ne sera pas présenté au festival.

Le rayonnement international

Parallèlement à son activité à Bayreuth, Wieland Wagner est très tôt invité à présenter ses conceptions dans divers théâtres d’Allemagne et d’Europe, qui lui donnent l’occasion de mettre en scène, outre Wagner, l’Orphée de Gluck (Munich, 1952), Fidelio (Stuttgart, 1954), l’Antigone (Stuttgart, 1956) et la Comœdia de Christi Resurrectione (Stuttgart, 1957) de Orff, Carmen (Hambourg, 1959), Aïda (Berlin, 1961), Elektra et Salomé (Stuttgart, 1962), Otello (Francfort, 1965), Lulu (Stuttgart, 1966) et Wozzeck (Francfort, 1966).

À partir des années 1960, la plupart de ses productions font le tour du monde: Milan, Bruxelles, Vienne, Genève, Paris, Rome, Naples, Barcelone et même, à titre posthume, 牢saka, New York, Los Angeles, Athènes... Sa mort, le 17 octobre 1966, l’empêchera de réaliser les productions prévues de Pelléas , au Covent Garden, et de Don Giovanni , à Stuttgart.

Espaces et lumières

Les conceptions de Wieland Wagner sont, sur le plan formel, la réalisation scénique des idées exprimées par Adolphe Appia dès 1895, idées alors condamnées par Cosima Wagner. Il s’agit avant tout de créer sur le plateau une image scénique qui traduise, tel un résonateur, les valeurs émotives contenues dans la partition. Cette image, contrairement à la représentation traditionnelle qui met l’acteur dans un décor, est unitaire: acteur et espace demeurent en parfaite symbiose et expriment, par la moindre variation de leur rapport, le mouvement musical, concrétisant ainsi la célèbre phrase de Parsifal : «Zum Raum wird hier die Zeit» («Ici, le temps devient espace»). Les moyens employés par Wieland Wagner sollicitent de l’acteur une attitude gestuelle de tout le corps, très dépouillée, et, du fait de la sobriété et de la valeur dynamique du moindre mouvement, d’une extrême puissance expressive; le décor est constitué d’éléments très simples faisant appel à l’incessante variation de la lumière, construisant des espaces dramatiques en rapport avec le contenu de la partition, et donc avec le jeu de l’acteur. Partant d’un espace totalement lumineux les premières années, son évolution vers une densification de la spatialité du drame musical l’a amené à repeupler l’espace de données scéniques aussi bien symboliques (menhirs, totems, réseaux oniriques) qu’allusives (mobilier Biedermeier pour Lulu , établi de cordonnier pour Les Maîtres chanteurs ), mais toujours sans valeur proprement historique, le but étant de mettre en évidence la donnée intemporelle du drame.

Pour exprimer toute la portée de ses conceptions, Wieland Wagner a formé à Bayreuth et à Stuttgart une équipe de chanteurs-acteurs, dont les noms restent définitivement liés à son activité: Astrid Varnay, Martha Mödl, Anja Silja, Wolfgang Windgassen, Hans Hotter, Josef Greindl sont les principaux. Et son travail novateur a trouvé dans des chefs d’orchestre comme Clemens Krauss, Karl Böhm et Pierre Boulez un miroir pour la relecture sonore des partitions qu’ils ont pu produire ensemble.

En dépit de son rayonnement mondial et du fait que ses conceptions sur l’éclairage ont été quasi universellement adoptées, l’œuvre de Wieland Wagner est restée incomprise dans son fond, ce qui a amené en réaction l’apparition, dans les années 1970, d’une conception narrative de la mise en scène d’opéra – à primauté théâtrale –, à l’opposé des conceptions «musicales» de Wieland Wagner, et dont la réussite la plus remarquable fut la Tétralogie montée par Patrice Chéreau à Bayreuth en 1976-1980.

Encyclopédie Universelle. 2012.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Wagner- — Wagner …   Deutsch Wörterbuch

  • WAGNER (R.) — Le «cas Wagner», comme disait Nietzsche, est un cas limite et un cas unique. Des gens sans formation musicale supportent ses drames sans ennui tandis que d’autres, instruits par Bach et par Mozart, leur témoignent une intolérance absolue. Mais il …   Encyclopédie Universelle

  • Wagner — steht für: Wagner (Familienname), einen häufigen Familiennamen die historische Berufsbezeichnung Wagner, siehe Stellmacherei Wagner (Fernsehserie), eine Fernseh Miniserie Orte: Wagner (Bahia), Stadt in Brasilien Wagner (South Dakota), Stadt in… …   Deutsch Wikipedia

  • Wagner — Wagner, Adolph Wagner, Johann Martin von Wagner, Otto Wagner, Richard Wagner, Siegfried * * * (as used in expressions) Wagner, Honus John Peter Wagner Wagner, ley …   Enciclopedia Universal

  • WAGNER (H. L.) — WAGNER HEINRICH LEOPOLD (1747 1779) Né à Strasbourg, Heinrich Leopold Wagner étudie le droit et devient précepteur à Sarrebruck. En 1776, il obtient l’autorisation d’ouvrir un cabinet d’avocat, mais préfère travailler pour le compte de la Société …   Encyclopédie Universelle

  • WAGNER (O.) — WAGNER OTTO (1841 1918) Architecte viennois, dont l’œuvre remarquable illustre fortement les contradictions de l’Autriche Hongrie et celles des architectes européens durant le dernier tiers du XIXe siècle: la crainte, mêlée de fascination,… …   Encyclopédie Universelle

  • Wagner — Saltar a navegación, búsqueda El apellido Wagner puede referirse a las siguientes personas: Richard Wagner, compositor, director de orquesta, poeta y teórico musical alemán; Otto Wagner, arquitecto vienés co fundador de la Sezession; Lúcio Wagner …   Wikipedia Español

  • Wagner [2] — Wagner. Gelehrte: 1) Moriz, Reisender und Naturforscher, Bruder von W. 4), geb. 3. Okt. 1813 in Bayreuth, gest. 30. Mai 1887 in München, kam als Kaufmann nach Algerien, studierte dann 1833–1836 in Erlangen und München Naturwissenschaften,… …   Meyers Großes Konversations-Lexikon

  • Wägner — ist der Familienname folgender Personen: Elin Wägner (1882–1949), schwedische Autorin, Journalistin und Feministin Johann Wilhelm Ernst Wägner (1800–1886), deutscher Schriftsteller, Philosoph und evangelischer Theologe Diese Seite ist eine …   Deutsch Wikipedia

  • Wagner — (Otto) (1841 1918) architecte autrichien. Chef de file de l art nouveau (1894 1901), puis fonctionnaliste. Wagner (Richard) (1813 1883) compositeur allemand. Il étudia la composition tout en poursuivant des études de philosophie et d esthétique à …   Encyclopédie Universelle


We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.